En quoi l’expérience de la Radio Télévision Libre des Mille collines symbolise t-elle les effets pervers d’un contre model de communication ?

L’expérience a montré que l’évolution ne vient jamais seule. Tout changement s’opère avec ses cortèges de réalités. L’utilisation des médias est l’une des caractéristiques fondamentales de la conduite du génocide au Rwanda. La Radio Télévision Libre des Mille collines (RTLM) et le journal Kangura ont été sans conteste des outils déterminants dans la réussite du génocide. Ainsi l’émergence de la RTLM et les mensuels comme Kangura ont marqué d’un ancre indélébile la conscience collective de l’humanité par son caractère extrémiste. Cet aspect a donné au génocide conduit par la majorité Hutus -sous la coupole du « hutu power» - une caractéristique particulièrement moderne et systématique. Les médias peuvent être des plates-formes de conscientisation, mais il n’en demeure pas moins défaillant et stratégique par rapport à l’unité nationale, l’harmonie et la stabilité de l’Etat.
Au regard des circonstances du génocide Rwandais et des propos incitatives à la haine raciale, tenus sur les ondes des médias, on peut reconnaitre que son rôle primordial.
D’une part, l’esprit et la lettre ont montré que la naissance de la RTLM s’était fait dans le dessein d’une extermination raciale. D’autre part, on ne saurait passer sous silence la complicité de la communauté internationale et ainsi que l’église catholique.

I- La presse sous fond génocidaire  
Il est fréquent d’entendre que le journalisme n’est pas une profession comme les autres. Aujourd’hui l’usage fait appel à des qualificatifs comme «  métier noble », « quatrième pouvoir », de « chien de garde » ou encore de « garant de la société ». De tels propos montrent au demeurant un aspect fondamental, celui de la liberté d’expression, mais aussi celle de la démarcation du professionnel de l’information dans sa fonction social tant pour le développement que pour l’harmonie. Mais ceux-ci sont tout autres à la création de la presse rwandaise de 1993.

A- L’esprit de création d’une presse raciale
Comme on a eu a le constaté, la RTLM est née et s’est développée dans un contexte marqué par le foisonnement des radios extrémistes. Bien que subventionnée par le camp présidentiel, en particulier la première dame Mme Agathe Habyarimana, le mensuel Kangura était inefficace pour atteindre toute la population à majorité analphabète. Ainsi il ne pouvait pas apporter une mise en œuvre complète et efficace les ambitions militantes et raciales qui animées ses propriétaires –les hommes du hutu power-. Par ailleurs le journal « Kangura » continua la publication des « dix commandements Hutu ». Qu’à cela ne tienne, la création de la RTLM fut décidée en 1993 pour s’inscrire et porter main forte a ce refus d’alternance politique mais aussi le complexe de supériorité hutu. Parmi les principaux bailleurs de la RTLM on remarque principalement les proches du couple présidentiel dont Séraphin Rwabukumba le beau-frère du président. Pour les extrémistes hutus la RTLM permettait aussi une riposte aux accords d’Arusha dont la signature était imminente. Par la signature de ses accords on prévoyait le partage des ondes de radio Rwanda (la radio nationale) entre la majorité hutu et le Front Patriotique Rwandais (FPR). Le 06 Avril 1994, après avoir abattu l’avion qui avait à bord le président Rwandais Juvénal Habyarimana, les hommes du « pouvoir hutu » l’attribuèrent aussitôt au Front Patriotique Rwandais par le biais de la RTLM. Alors on assista dans les jours qui suivirent à l’application aux idées qui avaient motivé la création de la RTLM.


B- La RTLM, l’extrémisme racial en action
La RTLM débute ses émissions en 1993, et elle homologue comme slogan « le symbole de l’unité du peuple et de la voie qui réveille et défend le peuple majoritaire ». La devise adoptée montre la pleine éloquence des ambitions du peuple hutu. En effet dés l’annonce de la mort du président Habyarimana les ondes de la RTLM commencent à diffuser des propos incitatives aux meurtres collectifs. Les appels prononcés sur ses ondes, « les fosses sont à moitié vide ! Aidez-nous à les remplir ! Formez des barrages ! Bloquez les infiltrations des cancrelats ! », en témoigne largement sur la gravité des appels à l’extermination systématique et méthodique du peuple tutsis. Ainsi ils visaient les membres du FPR, les hutus modérés et les tutsis sans distinction d’âge ou de sexes. Aussi est-il qu’on doit prendre en considération l’existence des autres médias qui augurés d’un model de communication défaillant dans l’espace publique Rwandais. Le mensuel Kangura bénéficiait de la protection de l’Etat et de la famille présidentielle. Cela faisait de Kangura l’instance idéale pour la publication anti-tutsi dont « les dix commandements hutu » en est la preuve manifeste. Aussi un langage caricatural envers les tutsis « Inyenzi, cafards en Kinyarwanda » n’est pas des moindres dans le déroulement du génocide.

II- Une complicité agissante et manifeste au génocide
Le déroulement du génocide Rwandais s’est opéré dans une complicité coupable de l’Etat et de l’église catholique. En effet dans le début des années 90 l’Etat exercé un contrôle accru sur les médias, par conséquent, il avait la possibilité d’influer ses publications. Cette main mise de l’Etat et l’église catholique est autant désastreux avec le monopole sur la presse. Aussi pouvait-on dénoncer l’inadéquation voir même l’absence de législation nécessaire à accompagner cette presse galopante et l’inavouable torpeur de la communauté internationale. 

A- L’inavouable torpeur de la communauté internationale
Le génocide Rwandais obéissait à un projet d’extermination raciale. L’aspect prémédité fait que la communauté internationale devait s’attendre à de telles conséquences dramatiques. D’après les observateurs « les commentaires virulents prononcés inlassablement par les animateurs de la RTLM montrent comment les médias ont accompagnés et encouragés les tueries et les ont justifiés » sans que nul ne daigne lever le petit doigt. Pendant le génocide les animateurs de la RTLM ont pu s’enfuir avec un émetteur mobile et continuèrent à diffuser les propos incendiaires depuis l’intérieur du pays et les territoires Zaïroises. Aussi se demande t-on comment expliquer l’attitude des autorités zaïroises et françaises ? comment se fait-il que la RTLM a pu émettre depuis les zones où stationnés les soldats français de l’opération turquoise ? Ils ont pu se déplacer avec l’émetteur mobile sans être inquiéter. Les français soutiennent avoir tenté en vain de brouiller la radio. Mais selon Washington il était non seulement possible de brouiller le signal de la radio mais aussi de le trouver et de le détruire. Le ministre français de la défense François Léotard tenta de justifier cette passivité douteuse du fait que cela ne faisait pas partie de la mission confier à la France par l’ONU. Aussi est-il que Mr Ferdinand Nahimana, le maître à penser du parti du président et auteur des appels à la haine raciale et aux massacres sur les ondes de la RTLM, aurait été évacué de Kigali par l’armée française, après le début des massacres, l’avion venu récupérer l’ambassadeur de France. Donc force est de constater l’inavouable rôle de la communauté internationale mais aussi de l’Etat et des hommes d’église.

A- la connivence de l’église catholique dans le génocide Rwandais.
L’affaire du génocide Rwandais est clairement rattachée à toute une idéologie extrémiste catholique qui s’est installée en un laps de temps. La manière dont l’église s’est impliquée dans le génocide mérite son rôle soit amplement exposer. Dans ce même ordre d’idée la commission parlementaire Belge met en cause dans son enquête le rôle crucial et scandaleux de l’église catholique.
Ainsi le père Johan Pristil en fanatique du « hutu power », il lui fût lui donné à un certain moment la possibilité d’être designer pour participer à la création de la radio Rwanda. Aussi y animé t-il des émissions une fois que la radio ait été mise en place. D’ailleurs il y traduisait en Kinyarwanda rien moins que le livre « Mein Kampf » d’Hitler dans le but d’aiguillonner les auditeurs à la haine raciale. Seulement, à la différence que cette fois-ci la haine n’était pas dirigée envers les juifs, mais plutôt envers les Tutsis. Les fonds pour la création de cette radio auraient été donnés par la démocratie chrétienne allemande. Des témoignages laissent même entendre que les prêtres auraient, durant le massacre, mis des habits militaires pour participer activement à cette odieuse besogne. Ils auraient même livrés aux milices hutu des personnes de l’ethnie Tutsis qui étaient venues prendre refuse au sein des couvents.
Peut être l’implication de l’église pourrait s’expliquer par des raisons historiques. En effet, en 1890 en pleine mission d’évangélisation les missionnaires catholiques ont du faire face à une farouche résistance de la part des Mwamis – rois tutsis -. Ainsi, dans toute la région ne trouvèrent que les âmes des hutus à convertir. Donc l’implication des prêtres dans le génocide ne doit guère surprendre.

En somme le génocide rwandais obéissait à une épuration ethnique radicale et systématique. Donc il convient de rappeler le rôle funeste joué par les médias dans le processus ayant abouti au génocide rwandais mais aussi la preuve manifeste d’un contre model de communication. Il faut aussi dénoncer  une importante culture d’irresponsabilité au regard des dérives et dérapages perpétrés par les hommes d’état et d’église. C’est aussi montrer du doigt un milieu ouvert ou tout le monde peut se prévaloir appartenir au corps de journalisme, un milieu infesté d’aventuriers incendiaires.
Par ailleurs on peut saluer le travail remarquable de l’actuel président de la république du Rwanda, Mr Paul Kagamé, dans l’effort de réconciliation et de reconstruction nationale. D’ailleurs même 15 ans après le drame Rwandais l’argument ethnique ne fait plus recettes.

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