ENVIRONNEMENT: LA CSS DE RICHARD TOLL POLLUE LE QUARTIER DE NDIANGU


NDiangué étouffe et patauge dans la pollution. Les murs délabrés, graisseux et jaunâtres par endroits témoignent des ravages subis par ce quartier situé en périphérie de Richard Toll, à proximité de la Compagnie Sucrière Sénégalaise (CSS), une usine produisant environ 100 000 tonnes de sucre par an.

Pendant des décennies, la CSS, géant de l'industrie du sucre en situation de monopole, a causé des dommages rapportés par les populations des quartiers voisins.

La dégradation des édifices fait l'unanimité. De nombreux bâtiments et murs de clôtures présentent des trous béants. Confortablement installé sur une chaise, le vieux Bouna Diop, plus de 60 ans, pointe du doigt l'usine : « Elle détruit plus qu'elle ne sert. Tous les problèmes du quartier sont de sa faute. »

Les habitants se plaignent également des odeurs nauséabondes. Une petite brise traverse et le vieux renifle : « Voici ce dont je vous parlais. Par moments, il nous est impossible de respirer de l'air pur. C'est ainsi depuis quelques années. » C'est l'odeur de l'éthanol produit par l'usine depuis décembre 2007. Les rejets de fumées noires accompagnées de particules poussiéreuses retombent sur les maisons, laissant des traces noires sur le linge des ménagères.

La pollution sonore est également un problème quotidien pour les quartiers riverains de la CSS. Les bruits assourdissants des machines perturbent la tranquillité des populations. « Quand ils purgent leurs machines, le bruit envahit le quartier. Il est même impossible de parler au téléphone à ce moment-là », explique M. Diop.

Au pied de la route nationale qui sépare le quartier de l'usine, Pape Mbaye Guèye, élève en terminale, attend avec ses camarades le bus pour le lycée. Selon lui, l'usine perturbe la vie quotidienne, surtout avec sa pollution sonore qui entrave l'apprentissage : « Elle nous empêche de bien étudier », ajoute une élève vêtue d'une blouse d'écolière et de lunettes.

À midi, sous un soleil écrasant, un groupe d'ouvriers descend d'un véhicule remorqué par un tracteur. Le corps en sueur, sacoche d'outils sur le dos, ils quittent l'usine. Au canal, ils se déshabillent et plongent dans les eaux polluées du fleuve. Interrogés sur les risques sanitaires, ils répondent : « Nous sommes habitués à cette eau et elle ne nous fait pas autant de mal que les conditions de travail dans les plantations de canne à sucre. » Certains acceptent de témoigner anonymement, révélant les accidents fréquents et les maladies graves liées à leur travail dans les champs.

« Récemment, les habitants ont manifesté pour demander plus d'attention de la part de la compagnie. Le préfet est intervenu et des promesses ont été faites, mais rien de concret n'a suivi », déplore le chef de quartier. Selon lui, l'usine semble intouchable par l'État. « Lorsque Abdou Diouf était au pouvoir, nous avons rencontré Habib Thiam, Premier ministre, qui nous a simplement dit qu'il ne pouvait rien contre elle. Même le gouvernement d'Abdoulaye Wade n'a pas pu faire davantage. »

Malgré nos multiples tentatives, nous n'avons pas pu accéder aux autorités de la compagnie, l'accès à l'usine nous étant interdit.

Ibra Badiane

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Historique de Taïba Ndiaye

Malick Diagne «JE SUIS UN PEU DECU PAR LE DISCOURS DU MINISTRE MATA SY DIALLO ET DU DIRECTEUR DES ICS» Suite

ALÉ LO, PRÉSIDENT DE L’ANCR : UN AVENIR POLITIQUE FLOU.